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RUE de la LIBERTE... Par EDMOND MICHELET

 

 

 

« Rue de la liberté »… par Edmond Michelet

 

 

Edmond Michelet (1889-1970), un des créateurs de « Combats » en 1941, chef régional des Mouvements unis de la résistance (MUR) en 1942, arrêté par la Gestapo en février 1943, est déporté à Dachau. Il sera compagnon de la libération, et successivement ministre des Anciens combattants et Victimes de guerre (1958), puis ministre de la Justice (1959-1961). Membre du Conseil constitutionnel, il succède à André Malraux en 1969 sous la présidence de Georges Pompidou, comme ministre des Affaires culturelles.

 

 

Edmond Michelet (1899-1970. Déporté à Dachau du 15 septembre 1943 jusqu’à la libération du camp, le 29 avril 1945

Edmond Michelet (1899-1970).

Déporté à Dachau du 15 septembre 1943 jusqu’à la libération du camp, le 29 avril 1945

 

 

« Les déportés peuvent différer de point de vue dans le jugement qu'ils portent sur les groupes nationaux étrangers. Mais tous sont d'accord pour dire que les Espagnols réussirent le tour de force de faire l'unanimité dans la sympathie et l'admiration. »

 

 

« Ces rouges de l'Armée républicaine étaient pour la plupart des ouvriers et des paysans. Leur sort était des plus misérables : internés depuis la fin de leur guerre civile, ils avaient été, après la campagne de France menée à nos côtés, livrés aux nazis par Vichy. Pas de lettres du pays pour eux depuis de longues années. Pas davantage de colis de Croix-Rouge. Un abandon de tous qui semblait total. Avec cela, une ignorance de la langue allemande qui les rendait encore plus isolés dans leur détresse. »

 

 

« Les Espagnols tiraient de leur adversité une orgueilleuse fierté qui forçait le respect. Jamais on ne les entendait gémir. Une pudeur le leur interdisait. Malgré leurs oppositions politiques (il y avait tout de même chez eux des différences notables entre l'anarchiste de la FAI et le républicain, entre le socialiste et le communiste) ils avaient l'élégance de n'en rien laisser paraître. Le seul fait que nous savions tous qu'il n'y avait parmi eux que des « politiques », favorisait, certes, cette promotion tacite qu'on leur réservait, mais ils auraient pu déchoir de cette seigneurie par leur comportement individuel. Bien loin de là. Ils se montraient toujours irréprochables, discrets aux lavabos pour ne pas accaparer les places, comme à la distribution du « Nachelague » pour ne point en réclamer plus que les autres. Leur résignation altière avait une grandeur qui tenait peut-être à l'histoire de leur patrie. »

 

 

« Quand on parle devant moi, depuis Dachau, de Grand d'Espagne, je revois moins un personnage de Claudel chamarré d’or et de soieries que l'un quelconque de ces camarades malheureux : Alvarez, le plus communicatif d'entre eux, ardeur, violent parfois, se calmant aussitôt sur un geste de Georg ; l'admirable Capella, qui continuait à soigner les typhiques alors qu'il titubait de fatigue et de fièvre ; Vincente Parra, leur sympathique responsable clandestin ; le petit Mariano, noir comme du jais, vingt ans, toujours souriant, qui s'ennuyait pourtant, parfois, de son village de Castille et qui, sans protester jamais, enfournait les lourds paquets de linge infect dans le placard ensoufré du Kommando de la désinfection ; le docteur Van Dyk, vingt autres. »

 

 

       Edmond Michelet.

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